Tout a commencé lorsque j'ai ouvert les yeux, en me réveillant, ce matin là. Allongé sur mon lit. Embourbé dans une phase de sommeil. Moi, ici ; entre matelas et couverture : j'y suis bien. Mon réveil a sonné, il indiquait 5h55.
Il devait me réveiller à cette heure ce matin, disons six heures.
En fait, il ne me doit rien.
Je ne lui ai jamais dit merci.
Ce n'est pas lui qui doit, c'est moi.
Lui, il a sonné. Il sonne toujours.
Je ne réponds plus de rien.
Mon corps agit seul.
Je suis déréglé.
Un geste majestueux. Magistral.
Je stoppe l'alerte du bout des doigts, je désactive l'alarme. Encore une fois, je me suis fait voler mes rêves, saleté de voleur ! Le temps...
Le temps souvent nous vole la vie que l'on voit passer devant nous, puis devant lui telles ces statues humaines regardant fuir les passagers d'un train qui avance, ou qui recule. Plus tard, j'ouvre les yeux. Et il est à l'heure ce foutu réveil. Je ne serais donc pas en retard au rendez-vous. Un rendez-vous... La notion d'un temps sclérosé, glacée dans l'espace.
Lieu : 20e arrondissement, quartier de Belleville, non loin de la rue des Envierges : la Villa Faucheur. Faucardeur...
Moissonneur de rêves, aussi de temps, alors subséquemment... d'argent. Voleur ! On y revient, oui. Il est à l'heure, aussi précis que l'est le reste du monde, et France Télévision. Ne voyez-vous pas là l'absurdité de cette situation ? Même le curseur clignotant du traitement de texte est un indicateur. Il tape les secondes, qui elles, défilent autant que j'aimerais dormir. On dit qu'elles trottent, comme si elles jouaient aux petits chevaux, moi je crois qu'elles galopent, plutôt. Enfin lui, il ne chôme pas pour me réveiller, mais que fait-il le reste du temps ? Il tourne comme le manège enchanté, découle telle l'eau d'une rivière empoisonnée. D'ailleurs, il a le même effet que si j'en buvais, celui de me pourrir l'existence. Pourtant n'a pas pour but d'envouter mes matinées, ni de me rafraîchir les idées après une nuit passée. Cela fait des années qu'il fonctionne. Il ne pourrait pas être un peu humain par moments, me laisser avec mon temps ! Il a bien le sien, qu'il me laisse le mien ! Je crois que le temps, il ne faut pas s'attendre à ce qu'on vous l'abandonne, mais il faut l'adopter.
N'entendez-vous pas là le mot « temps » comme le Tic-tac d'une horloge ? Cela ne vous choque pas la première fois, ni la deuxième, puis vous vous habituez, vous ne l'écoutez pas, ne l'entendez même plus... Pourtant, il résonne en vous comme le tintement d'une cloche qui aurait finie de sonner. Tic. Tac. Ding. Dong. Le temps découle, vous le savez, inconsciemment vous le savez, vous pouvez même entendre son ruissellement, surtout en vous.
Vous êtes impuissants. Il y a de ces forces qui nous échappent, qu'on ne peut contrôler, si bien qu'on n'essaie même pas. C'est ce que je vais vous raconter. Je me lève enfin de mon lit, descend les escaliers, prend mon petit déjeuné, scrutant non sans effroi les aiguilles du beffroi, qui se sont arrêtées. Remarquez comme tout est relatif, il m'aura fallu bien moins de temps pour ouvrir les yeux que pour vous raconter que mes yeux se sont ouverts...
Foutu réveil !