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Noir & Blanc (suite 1)



Aujourd'hui, je dois rencontrer monsieur Schulz. Quelqu'un m'a conseillé d'aller le voir. Cette personne m'a dit que monsieur Schulz aurait une histoire intéressante à me raconter. Je ne sais qui était cette personne et je ne connais pas ce monsieur Schulz.

Je n'ai pas de travail, plus de femme. Elle a fait nos enfants sans moi. Désormais, je passe un tiers de mon temps à dormir et le reste à ne rien faire que des petits évènements monotones. Quand elle était encore là, je faisais le contraire, il faut dire que j'ai beaucoup plus d'occupations depuis qu'elle est partie. D'après que... je ne m'occupais pas assez d'elle, ou de ses fleurs. Notre amour s'est fané.
Je n'aime pas trop les histoires. J'ai hérité de mon père. Je n'aime pas dormir. Non plus penser que je ne fais rien. Alors je passe le plus clair de mon temps à écrire.

Je ne suis pas écrivain. Je ne suis pas même artiste.

Je ne sors qu'une fois par semaine, le jeudi, acheter mes vivres, suffisamment pour attendre le prochain. Je n'ai que peu d'amis, et la plupart ne sont pas humains, un chien en fin de vie ou de mandat comme j'aime à dire, je l'ai appelé Ysokras. C'est cette espèce de chien croisé, qui a une tête à faire peur, que beaucoup qualifient de sale race, ou de bâtard. Pourtant, on le reconnaît pour sa fainéantise, une sorte de paillasson ambulant qui aime buller devant une porte au soleil, sur le pallier se faisant une cure de sommeil. J'ai longtemps cru que Ysokras avait la rage, ayant tendance à vouloir mordre, montrant ses crocs, heureusement il ne l'avait pas et j'ai pu le faire dresser. Regarde dans quel état tu es aujourd'hui, mon ami... Tu ne sers plus qu'à épandre la poussière. Misérable chien, partout où tu es passé il n'y avait rien. Désormais, il y a ta misère... J'ai donc aussi deux chattes, la première se nomme Gaïa, la Terre-Mère. On se souviendra : au commencement est le Chaos, une profonde crevasse, suivi par Gaïa et Éros (l'Amour). Étymologiquement elle est l'ancêtre maternelle des races divines, mais enfante aussi de nombreux monstres. Elle donna naissance à Carambar, la deuxième chatte, un vrai bonbon.

Je n'aime pas écrire mais cela m'occupe. Le soir, avant de m'endormir, je regarde la télévision, un des plus grands évènements néfastes du temps sur notre cerveau. L'animation n'existe pas d'elle-même, elle naît et elle n'est que par expansion du temps, par déversement du sable d'une partie du sablier à une autre, lui-même assujetti à la suprématie, au souverain Chronos. Le Father Time de Chaos et Éther. Il est le symbole de cette notion relative, propre à l'homme, créée par lui, pour pouvoir se situer dans l'espace, non maîtrisée. Je vous laisse ce questionnement : notre destinée, l'activité, la vie... existent-elles vraiment ?

Il n'y a qu'à me lire pour en comprendre le néfaste.

30 images par seconde pour 1,3 battement de c½ur, j'ai peur, peur d'en ressortir en bradycardie. J'aime la comédie dans son ensemble, télévision, cinéma, théâtre. À la vie comme à la scène, j'aimerais être acteur de ma propre existence, ne plus ressembler à tous ces gens qui ne sont que spectateurs d'eux-mêmes. Alors je préfère les films d'action, où mon c½ur continue son psittacisme. J'aime aussi frôler la tachycardie avec certains films d'angoisse, m'accordant avec le nombre d'images... Trente images pour trois battements de c½ur, la vie puissance 10 ! Hier, j'ai regardé Cashback, un court-métrage de Sean Ellis, je le regarde presque tous les jours. Dans cette réalisation, il est dit que chacun fait passer le temps à sa façon, qu'il passe plus vite si on trouve un moyen d'occuper son esprit, que plus on le regarde, moins la trotteuse trotte et plus elle avance au pas. Pour le personnage principal, sa méthode est de voir le temps arrêté, il réinvente l'amour, comme un peintre qui voit sous ses doigts naître les couleurs du jour, et qui n'en revient pas. (Joe Dassin, Et si tu n'existais pas) Son c½ur surement, bat comme quand je regarde un film d'angoisse, car il est le seul en mouvement dans ce temps arrêté, c'est excitant. Une et seulement une seule et même image inerte pour trois battements de c½ur : l'excitation.

La musique, j'aime.

J'entends beaucoup, voire trop de nouveaux sons à la télévision. Savez-vous que c'est ce flot de créations, artistiques ou non, ce trop plein étouffant qui fera disparaître la grande culture que d'autres ont essayé de nous apporter. Combien de livres, combien de série B, combien de tubes injustifiés... Je n'écoute en général que la musique moderne car je trouve que la contemporaine, à vrai dire nouvelle, est pour sa majeur partie parricide, un tue-culture rendant sourds notamment les jeunes et les vieux atrabilaires, impotents, au monde qui les entoure. La musique moderne n'est pas un coup de marteau que l'on vous inflige à intervalles réguliers comme pour vous enfoncer un clou de culture qui afflige. Le classique, le jazz, le blues, savent accélérer, ralentir et arrêter le temps... pour vous transmettre les seules émotions aptes à vous emmener dans un état de zen, qui est par définition indéfinissable, ou une sensation d'oppression, éveillant vos sens à l'extrême, on appelle cela : l'extase. D'aucun diront qu'ils n'aiment guère le modernisme mais devraient affirmer qu'ils ne savent l'écouter et la comprendre, car la musique moderne est une femme.
En parlant de femme, j'aime aussi l'opéra, une des plus belles maîtrise du temps et de l'espace, par la théâtralisation. Aucune voix en or, celle dont les pseudo-stars sont douées, mais bien des diamantées, cristallines dont toutes les femmes rêvent en bijoux.

Le silence, j'aime.





















Je crois que le temps s'est arrêté un court instant, j'ose espérer que cela vous a été fort plaisant, car les mots aussi ont un pouvoir, l'arrêt de communication serait comme une morsure d'Adam contre Eve, d'après que ces deux eussent mordu les fruits défendus, une mort sûre de l'âme...

Je suis si excité à l'idée de rencontrer monsieur Schulz !

# Posté le lundi 02 février 2009 10:03

Modifié le dimanche 22 février 2009 11:41

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