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Noir et Blanc (suite 2)

MR SCHULZ



Breakfast, deux toasts, rien de bien passionnant, une douche et un brossage de dents. J'ai enfilé ma veste des grandes occasions, me suis mis sur mon trente et un et je suis parti dans mon plus bel apparat rencontrer cette personne. À peine sorti de chez moi, je savais que j'allais vivre un long périple, déjà bien avant de lui serrer la main, puis après. Je ne suis qu'un homme de province, alors j'ai commencé par prendre la voiture pour me rendre à Paris, puis jusqu'au métro le plus proche, heureusement je suis partit tôt ce matin. Après une bonne heure de route et une autre d'embouteillage, dans la capitale, j'ai pu enfin me glisser dans un wagon. D'une odeur pestilentielle, infecte par les efflux de pisse qu'on y retrouve en exhalaison, et nauséabonde par l'effluve puante des corps entassés transpirants comme des cadavres en décomposition.
Ils doivent être habitués, ils ont subit cette putréfaction pendant tant d'années qu'ils en ont acquiescé l'émanation qui s'en suivit. Je ne vais tout de même pas leur avouer que j'utilise du savon de Marseille ! Dont ils amoindrissent l'efficacité et le doux parfum... Je me mets simplement à la place de tous ces étrangers, pour la plupart asiatiques qui eux attendent tant de la capitale et dont la culture et les parcs sentent bon. Le métro parisien est presque aussi célèbre que la Tour Eiffel et surement le premier pied à terre lorsque l'on visite Paris. Je ne suis pas là pour la visite, mon wagon va arriver dans le 20e arrondissement, je me prépare à bondir hors de cette macabre cage. Les portes s'ouvrent. Voilà qui est fait, il ne me reste plus qu'à revoir la lumière du jour et respirer pleins poumons l'air pollué mais libre et enfin de poursuivre à pieds jusqu'à la Villa Faucheur, espérant ne pas me faire agresser par une vieille dame ou un chien enragé.
J'ai aidé un chien à sortir de la chaussée, qui avait une patte cassée, et le temps pour moi d'achever cet acte de bravoure, je me suis retrouvé à courir si vite que je me suis demandé même, si mes jambes n'auraient pas des poumons, échappant de peu à me faire mordre par un vieille dame.
Il m'attendait alors. On ne s'était pas reconnu dès lors. Il faut dire que l'on ne se connaissait pas encore et que j'eus peine à voir que l'homme qui devait m'attendre au point de rendez vous était devant moi lorsque j'y suis arrivé, tant celui que je recherchais me semblait être le contraire de celui qu'il était. Je ne l'eus compris en fait que lorsque lui-même eu réalisé que l'objet clinquant non loin du lampadaire n'était pas le lampadaire lui-même mais nul autre que moi, objet de sa convoitise. Il s'est approché de moi ; je vous attendais, m'avait-il grommelé. J'eus, à cet instant seulement, ce moment de lucidité qui pousse à se poser certaines questions pour le moins primaires mais existentielles sur le moment : pourquoi m'avoir fait venir ici et pourquoi m'avoir demandé moi, non pas une quelconque autre personne ?

- Pourquoi vous ?

Il me répondit qu'il souhaitait simplement parler à un étranger, et que j'étais pour lui la personne la moins quelconque qu'il ne connaisse pas encore, et sans qui il ne serait pas là aujourd'hui.

- Je ne comprends pas...

J'ai rétorqué que je ne lui avais pourtant pas sauvé la vie. Que je n'étais qu'un riche type qui n'avait que faire de tout l'argent dont il avait hérité et qui restait cloitré chez lui attendant son heure. Que j'espérais tant de cette rencontre, pensant qu'elle serait pour moi une occasion me permettant d'en sortir, de cette malaventure. Que je me demandais ce que je faisais à lui parler à lui, un vieux rabougri à barbe, qui ne m'avait fait venir que pour me dire qu'il désirait parler à un étranger.

- Des étrangers, il y en a à foison dans le tout Paris...

C'est ce que je lui ai répondu, puis l'insultant de vieux fou, j'ai répliqué que je ne voyais vraiment pas quand j'aurais pu lui sauver la vie, et que si tel était le cas, j'aurais mieux fait de ne pas le faire.
Il avait reprit sa pipe au bord des lèvres, crapoté le reste de son tabac :

- Vous le ferez. Vous savez que vous le ferez.

- Que je fasse quoi ?

Si c'était pour lui parler, je ne l'aurais certainement pas fait, je serais retourné à ma case pour me sortir d'une situation inconvenante, m'empêcher d'être importuner plus longtemps.
Et alors que je m'en retournais d'un pas soutenu, il eut affirmé d'un ton sec et assuré :

- Me sauver la vie.

Après un court instant, celui de me remettre face à Schulz, de le dominer même, du regard ; je lui répondis que je ne serais pas apte à lui sauver la vie si je ne l'étais pour patronner la mienne.

Il m'eut dit que je le serais et que mon existence serait vraie si je le faisais exister. Que j'avais le choix, ou de retourner à ma demeure et demeurer à ne plus pouvoir...

Un coup de vent m'avait forcé à rester, il faut dire qu'en y réfléchissant, je n'avais rien de mieux à faire, que ma vie était bien monotone depuis que j'eus perdu mon poisson rouge, et ma femme ; lorsque le bocal a explosé, elle est partit. Je l'eus suivi, essayant de la faire revenir par de belles paroles, mais on n'apprivoise pas une femme. Mon poisson rouge cherchait à nous suivre lui aussi, mais n'arrivait qu'à trépider sur le sol en lino, les morceaux de verre autour, on n'apprivoise pas plus un poisson rouge. À mon retour, il était mort et le vent soufflait très fort. Ils sont partis, je suis resté.
Nous sommes entrés dans un bar et nous nous sommes assis, puis nous avons commandé une aide à l'oubli. Il m'a d'abord demandé si j'avais un crayon, et du papier, je lui répondis que non, mais lui en avait. Il m'a alors sollicité de tout écrire. Je ne suis pourtant pas de ces hommes qui savent écrire. Je ne saurais écrire l'amour et la haine comme Stendhal sut décrire Le Rouge et le Noir, mais Schulz désirait un extrême contraste, entre le noir et le blanc, entre la vie et la mort. Cet homme si laid était un amoureux de la poésie, si belle. C'est ainsi que j'ai rencontré Herman Schulz pour la première fois, et c'est avec enthousiasme que j'ai écris pour lui les autres jours. Il m'eut posé quelques questions sur qui j'étais et ce que j'aimais avant de ne devenir une ordure, riche héritier. C'est à cause de ça qu'elle m'a quitté. Je suis né le 10 septembre. Je n'ai jamais connu mon père et j'aimerais le faire, s'il n'était pas mort l'octobre d'une précédente année. Enfin, ce n'est que plus tard, trop tard, que je m'en suis rendu compte, que de voir un père de son vivant aurait pu me plaire, mais je me satisfis de ne pas en avoir. En revanche, une femme s'est toujours battue contre la vie, pour nous, une pervenche du genre Vinca, une veni vidi vici. Je la nommerais Mère, toujours en mouvement, un peu comme la mer, écume de celle-ci. Un océan de tourments a glissé sur elle, comme la pluie. Qu'une retombée d'eau glissante sur un manteau d'aquacide, car elle renferme les peines dans des rouleaux de sourires limpides. Cette femme ! La première que j'ai pu voir dès lors que mes yeux pouvaient s'ouvrir, elle qui s'en allant venant mettait en jeu sa propre vie pour nous l'offrir, elle me les a donné bleus... Couleur de la Terre comme du Ciel, azur de l'horizon. Elle nous a offert en cadeau tout l'amour que l'on peut donner, puis je me suis mis à Aimer ce qu'elle lisait pour nous endormir, la musique, la poésie et les mots, l'informatique pour ses uns et ses zéros, à Aimer chanter faux pour mes défauts et lire pour m'enrichir, le violon, la harpe et le piano, à Aimer les gens même les plus mauvais, les échecs aussi pour c1 et c0 et tout ce qui est vrai.
À tout cela je rajouterais, mon goût prononcé pour l'art et la culture, le grand cinéma et l'écriture...
Autant que j'aime à jouer la comédie, sur scène comme à la vie, j'aime imaginer des péripéties, aventures pour grands et petits. Ma plume, vous l'aurez compris n'est peut-être pas un héritage ni même un don, elle en reste néanmoins assez délicate pour la prose qui, à tout âge, je le sais, sustente à la langue et au langage, le goût sucré de la liberté, le salé du virtuose.
Ici, je raconte l'histoire plus ou moins vraie d'un soldat inconnu en espérant que son nom restera gravé dans nos mémoires. Achetez (c'est déjà fait) et lisez ce livre comme pour honorer cet homme.
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Achetez-le et lisez-le comme lui-même l'a fait avant de me raconter son histoire. Il est mort avant... et alors ? Parlez-en à vos familles et amis et ennemis aussi, à quiconque vous rencontrez ou croisez dans la rue ou sur les marchés, vous en découlerez le c½ur léger, d'avoir pu parler à des inconnus d'un livre d'un auteur non moins connu, pas même plus d'ailleurs.
Vous ne me croyez pas ? Essayez...
Que c'est énervant de voir toute cette pub à répétition ! Comme s'il suffisait d'en bourrer le crâne des pauvres gens comme on bourre une dinde pour qu'ils en mangent... des livres. Même une dinde n'en voudrait pas... de publicité.
J'en oublierais ma prose poétique ! Si j'étale de riches rimes sur de pauvres pages blanches, non moins belles qu'elles sont blêmes, ce n'est guère pour propagande, seulement satisfaire mes vivres et parfums de lavande. Mais muni d'un donnant vous dropez... d'authenticité.

Un homme se tient là devant moi et me propose un café noir, je l'accepte, y ajoute un nuage de lait, deux sucres en morceaux, Schulz me fait part de son histoire...

# Posté le dimanche 22 février 2009 11:52

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