ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND
Un film de Michel Gondry
Avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Elijah Wood, Mark Ruffallo, Tom Wilkinson
Durée : 1h48
Sortie : 06 Octobre 2004
Tout simplement l'un des films les plus beaux et originaux de sa génération, réalisation de Michel Gondry (Human Nature), basée sur un scénario de Charlie Kaufman (Dans la peau de John Malkovitch), seconde collaboration donc.
Le générique, reprise par Beck du morceau
Everybody's gotta learn sometime de The Korgis, intervient 18 minutes après le début du film.
Le titre du film est tiré du poème Eloisa to Abelard d'Alexander Pope, cité dans le film :
Il s'agit des lignes 207 à 210 du texte, la ligne 209 ayant donné son nom au film.
Version originale : Traduction française :
How happy is the blameless Vestal's lot! Que le sort de l'irréprochable vestale est heureux
The world forgetting, by the world forgot; Le monde oubliant, par le monde oublié ;
Eternal sunshine of the spotless mind! Éclat éternel de l'esprit immaculé !
Each pray'r accepted, and each wish resign'd. Chaque prière exaucée, et chaque souhait décliné
Une référence récurrente à Huckleberry Hound intervient dans le film, Joel Barish interprétant ainsi à Clémentine le refrain de la chanson Oh My Darling, Clementine :
Oh my darling, oh my darling,
Oh my darling, Clementine!
You were lost and gone forever
Dreadful sorry, Clementine.
Pour étouffer les rumeurs, sachez que oui, les français aussi peuvent réaliser de bon films !
Je vous invite à découvrir le site officiel sur le français Michel Gondry, l'un des meilleurs réalisateurs au monde, la preuve en est que ce film est réalisé pratiquement sans post-production. Voir le "making of". Il avait largement partagé les foules avec Human Nature (2001), son premier film. Avec Eternal Sunshine, il met tout le monde d'accord.
Charlie Kaufman nous offre là encore un grand scénario sur le thème de la mémoire, déjà exploré dans son excellent Dans la Peau de John Malkovitch, mais l'appliquant ici à une romance.
Une simple histoire d'amour ? Bien sûr que non. Utilisant l'attachement que nous portons à nos souvenirs - qui exécrables ou excellents sont toujours désagréables lorsqu'on les sait oubliés - Kaufman dépeint ici les racines même de l'amour, atteignant un aspect de la chose que nous n'avions pas coutume de voir sur un écran.
La recette est pourtant simple : l'amour ne naît pas du sentiment que l'on ressent pour quelqu'un à un instant T, mais plutôt du souvenir que l'on en gardera, qui ressurgira plus tard et catalysera les affinités.
On s'éloigne donc du concept de coup de foudre pour parler de l'amour dans son sens le plus commun. Le scénario ne part pas dans de longs discours sur les sentiments mais de simples moments de complicité des personnages interprétés brillamment par leurs acteurs respectifs. Partant donc du principe que l'oubli est plus douloureux que la fin d'une relation en elle-même, Eternal Sunshine of the Spotless Mind illustre la destruction de l'amour par la disparition de tout ce qu'il entourait.
Mais Eternal Sunshine ne s'arrête pas là. Son plus grand coup de génie est de faire intervenir un élément fascinant, car inexplicable et pourtant capable de changer toute une vie : le "déjà-vu". Si on le trouve sporadiquement dans certains scénarios contemporains, il n'aura rarement été aussi bien mis en valeur, là encore tout en finesse, en toile de fond. Le mélange de réalité et souvenirs enfouis dans la tête de Joel s'opère parfaitement - son absurdité est parfaitement crédible - lorsqu'il se balade dans sa propre tête, le film est également ponctué d'instants en voix-off, où notre héros se parle à lui-même et se pose des questions sans réponses. Sans réponses pour lui, mais avec réponses pour nous, du moins dans un second temps puisque le film intégralement mérite une seconde vision pour mieux comprendre certains de ses instants.
Exprimée entre autres par un simple "okay" en réponse aux misères de l'amour, la conclusion d'Eternal Sunshine of the Spotless Mind prouve qu'il s'agit d'un film abouti, de A à Z parlant et prenant, riche en signification, dans lequel chaque spectateur devrait un peu se reconnaître. Inoubliable !
(Critique basée sur celle de Kevin Prin)